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Dos au mur, l’affiche de cinéma en Allemagne de l’Est

Du jeudi 10 septembre 2026
au dimanche 15 novembre 2026


Grâce au don effectué en 2005 par un collectionneur allemand, Thomas Hill, la Cinémathèque de Toulouse dispose d’un fonds aussi unique qu’impressionnant de plus de 2 000 affiches d’Allemagne de l’Est. Récupérées à la chute du Mur en 1989, elles constituent le troisième fonds européen en importance, après ceux de Berlin et d’Amsterdam.
En 2016, nous avons présenté un premier aperçu de la singularité d’une telle production, suivi en 2017 d’un deuxième opus. Nous vous proposons aujourd’hui d’en découvrir de nouveaux exemplaires, issus des 600 pièces numérisées à ce jour. Leur point commun ? Une représentation particulière du corps humain et de ses éléments constitutifs, plus subtile qu’anodine.

Une école graphique singulière

De 1946 à 1990, le monopole du cinéma en Allemagne de l’Est est géré par le nouveau studio de production d’État, la DEFA, et par le distributeur Progress Film-Verleih. Des directives strictes règlent la création et la diffusion des œuvres cinématographiques selon des principes socialistes. Pas de concurrence ni de pression commerciale, donc.
Comme dans d’autres pays dont l’histoire a été marquée par des régimes totalitaires (les pays du bloc de l’Est – comme la Pologne et la Tchécoslovaquie – ou encore Cuba), l’affiche de cinéma a pu trouver une certaine liberté artistique et affirmer son originalité face à la publicité centrée sur le star-system des pays occidentaux. La seule contrainte des affichistes était d’éviter toute connotation anti-régime.
Alors qu’en RFA le style s’aligne sur la mode des autres pays occidentaux – mis à part le cas de quelques petits distributeurs qui ont particulièrement soigné la qualité de leurs visuels –, en RDA, après des débuts assez classiques, une vraie identité visuelle voit le jour à partir des années 1960, sous l’influence de l’école polonaise. Les affiches de cinéma sont ainsi réalisées par les grands illustrateurs et graphistes de l’époque : Erhard Grüttner, Helmut Wengler ou encore Christoph Ehbets, pour n’en citer que quelques-uns. Ils déploient leur talent dans des compositions symboliques, minimalistes, abstraites ou proches de l’illustration pour enfants. Beaucoup d’entre elles, anthropomorphiques ou basées sur des parties du corps humain, dépassent la simple image cinématographique pour atteindre une portée métaphorique. De l’aliénation à la liberté, ces œuvres nous ramènent bien à la réalité politique et peuvent finalement se lire comme une dénonciation du régime totalitaire.